Études

Le téléphone dans l’autre pièce

Étude // 2 min de lectureConcentrationPar Nadir

Ton téléphone sur le bureau, même éteint, te coûte de l’attention.

Ce que l’étude a fait

En 2017, Adrian Ward et trois collègues de l’université du Texas publient « Brain Drain ». Le protocole est simple. On demande à des participants de venir passer des tests de mémoire de travail et d’intelligence fluide, les épreuves classiques qui mesurent combien d’informations tu peux tenir en tête pendant que tu raisonnes. Avant de commencer, on leur indique où poser leur téléphone : sur le bureau, face cachée ; dans leur poche ou leur sac ; ou dans une autre pièce. Le téléphone est en silencieux. Personne n’y touche pendant l’épreuve.

C’est la seule différence entre les groupes, et elle suffit. Les personnes dont le téléphone est dans une autre pièce obtiennent les meilleurs scores. Celles dont le téléphone est posé sur le bureau, les moins bons. La poche est entre les deux. Une seconde expérience vérifie que l’allumer ou l’éteindre ne change presque rien : ce n’est pas la notification qui coûte, c’est la présence.

Pourquoi ça coûte

Les auteurs proposent une explication qu’ils appellent le « brain drain » : ton téléphone est l’objet le plus associé à tout ce qui compte pour toi, les gens, les nouvelles, les récompenses. Quand il est à portée, une partie de ton attention travaille à ne pas le regarder. Cette inhibition n’est pas gratuite : elle consomme exactement la ressource que le test mesure, la capacité disponible. Tu ne sens rien. Tu as juste un peu moins de place.

Le détail qui compte : l’effet est le plus fort chez ceux qui déclarent dépendre le plus de leur téléphone. Autrement dit, plus tu en as besoin, plus il te coûte quand il est là, y compris quand tu ne le touches pas.

Ce qu’on en fait

Aucune app ne peut déplacer ton téléphone à ta place : iOS ne le permet pas, et ce ne serait pas son rôle. La règle pratique tient en une ligne. Quand tu as besoin de te concentrer, pose le téléphone dans une autre pièce, ou au moins hors de ton champ de vision : écran contre la table ne suffit pas.

C’est aussi une bonne quête à écrire dans ta liste, à l’avance : « marcher 10 minutes dehors sans le téléphone ». Quand l’envie de scroller arrive, tu n’as rien à décider, c’est déjà prévu.

Ce que l’étude ne dit pas

Elle ne dit pas que le téléphone rend bête, ni que l’effet persiste toute la journée. Elle mesure une capacité disponible pendant une épreuve, à un instant donné, avec le téléphone à côté. Elle ne teste pas la montre connectée, ni l’ordinateur ouvert sur une messagerie. Et comme toute étude, elle attend d’être répliquée : des travaux ultérieurs ont retrouvé l’effet, d’autres l’ont trouvé plus faible. Ce qui reste solide, c’est la direction : hors de la pièce, tu as plus de place que sur le bureau.

Source. Ward, Duke, Gneezy & Bos (2017), « Brain Drain: The Mere Presence of One’s Own Smartphone Reduces Available Cognitive Capacity », Journal of the Association for Consumer Research.

À lire aussi // ÉtudeCe n’est pas le plaisir, c’est l’attente